samedi 11 août 2012

the city of big shoulders


En '94, le plus grand rappeur de tous les temps disait : "i never sleep, cause sleep is the cousin of death".
Voici donc le beau résultat : je n’ai pas dormi depuis 42 heures. Je suis assise dans cette taule à macchabées et de temps en temps j’me lève, je sautille une dizaine de pas sur mes béquilles, l’infirmier vient me parler d’hémiparésie, alors je me rassois, immobile comme un zandoli, attendant la nuit qui rapportera l’insomnie perpétuelle.

Ayant été gratifié de l’avantage de pouvoir pieuter et dépieuter, l’homme qui dort s’éveille avec une clarté des sens vigoureuse. Le monde extérieur s’offre alors à lui avec une netteté des contours absolue.
Qu’en est-il dans ce cas de ceux qui ne dorment jamais complètement ? De ceux qui gardent toujours un œil ouvert comme les hommes de la voyoucratie ?
Qu’en est-il dans ce cas de ceux qui trimardent dans bronzeville ou hay mohammadi à 4 heures 45 du matin avec une flasque à whisky comme seul compagnon ? Il semblerait que regimber contre l’insomnie soit la chose la plus vaine au monde, après ces mails qu’on envoie avec des photos de nous in naturalibus pour faire regretter des fautes commises ayant laissé des traces amères.
Seulement, il semblerait aussi que c’est dans ce dérèglement du sommeil, dans cet état singulier et exceptionnel de l’esprit, que toutes les forces s’équilibrent.
Le monde devient un vaste théâtre de prestidigitation. C’est d’abord une hilarité douloureuse qui s’empare de vous. Les expressions les plus simples, les idées les plus triviales deviennent rigolboches.
Bientôt les rapports d'idées deviennent tellement vagues. La pâleur de votre tronche, vos lèvres rétrécies, rentrées et vos cernes noircis font fuir votre père. Vos oreilles vibrent au moindre bruit, vos yeux s'agrandissent ; tirés dans tous les sens par une fatigue implacable, avec cette anhélation qui caractérise l'ambition des hommes en proie à de grands projets mais oppressés par la lassitude.
C'est alors que commencent les hallucinations : vous êtes chéper, schlasse, rond comme une queue de pelle. Le sommeil invoque désormais dans votre calebasse des cascades glorieuses d’or liquide.
Puis arrivent les méprises, les mails à double sens et les transpositions d'idées. La contemplation du monde extérieur vous fait oublier votre propre existence. Ses désirs et ses tressaillements deviennent les vôtres, et bientôt vous vous confondez avec lui.
Vos jambes vous conduisent avec timidité, et vous craignez à chaque instant de vous briser comme une statue taillée dans un seul bloc de glace.

Tout devient susceptible de vous estourbir. Tout vous estourbit lentement mais profondément.


3 commentaires:

Anonyme a dit…

ça va paraitre très con mais bon rétab, quand même...

Anonyme a dit…

Nul que y'ait pas un système de "j'aime" ou de "kiffs" comme Youtube et Skyrock. Ecrire pour manifester son assentiment,ou au moins son interêt,c'est tellement plus chiant et nettement moins concis.

(HD)

Dim a dit…

Nice