En '94, le plus grand rappeur de tous les temps disait : "i never sleep, cause sleep is the cousin of death".
Voici donc le beau
résultat : je n’ai pas dormi depuis 42 heures. Je suis assise dans cette
taule à macchabées et de temps en temps j’me lève, je sautille une dizaine de
pas sur mes béquilles, l’infirmier vient me parler d’hémiparésie, alors je me
rassois, immobile comme un zandoli, attendant la nuit qui rapportera l’insomnie
perpétuelle.
Ayant été gratifié de l’avantage de
pouvoir pieuter et dépieuter, l’homme qui dort s’éveille avec une clarté des
sens vigoureuse. Le monde extérieur s’offre alors à lui avec une netteté des
contours absolue.
Qu’en est-il dans ce cas de ceux qui ne
dorment jamais complètement ? De ceux qui gardent toujours un œil ouvert comme
les hommes de la voyoucratie ?
Qu’en est-il dans ce cas de ceux qui
trimardent dans bronzeville ou hay mohammadi à 4 heures 45 du matin avec une flasque
à whisky comme seul compagnon ? Il semblerait que regimber contre
l’insomnie soit la chose la plus vaine au monde, après ces mails qu’on envoie
avec des photos de nous in naturalibus pour faire regretter des fautes commises
ayant laissé des traces amères.
Seulement, il semblerait aussi que c’est
dans ce dérèglement du sommeil, dans cet état singulier et exceptionnel de l’esprit,
que toutes les forces s’équilibrent.
Le monde devient un vaste théâtre de prestidigitation.
C’est d’abord une hilarité douloureuse qui s’empare de vous. Les expressions
les plus simples, les idées les plus triviales deviennent rigolboches.
Bientôt les rapports d'idées deviennent
tellement vagues. La pâleur de votre
tronche, vos lèvres rétrécies, rentrées et vos cernes noircis font fuir votre père.
Vos oreilles vibrent au moindre bruit, vos yeux s'agrandissent ; tirés
dans tous les sens par une fatigue implacable, avec cette anhélation qui
caractérise l'ambition des hommes en proie à de grands projets mais oppressés
par la lassitude.
C'est alors que commencent les
hallucinations : vous êtes chéper, schlasse, rond comme une queue de pelle.
Le sommeil invoque désormais dans votre calebasse des cascades glorieuses d’or
liquide.
Puis arrivent les méprises, les mails à
double sens et les transpositions d'idées. La contemplation du monde extérieur
vous fait oublier votre propre existence. Ses désirs et ses tressaillements deviennent
les vôtres, et bientôt vous vous confondez avec lui.
Vos jambes vous conduisent avec
timidité, et vous craignez à chaque instant de vous briser comme une statue
taillée dans un seul bloc de glace.
Tout devient susceptible de vous estourbir.
Tout vous estourbit lentement mais profondément.

3 commentaires:
ça va paraitre très con mais bon rétab, quand même...
Nul que y'ait pas un système de "j'aime" ou de "kiffs" comme Youtube et Skyrock. Ecrire pour manifester son assentiment,ou au moins son interêt,c'est tellement plus chiant et nettement moins concis.
(HD)
Nice
Enregistrer un commentaire