mardi 19 avril 2011

Anna Karina.

J'ai découvert Sasha Grey en juin 2009. A ce moment je ne savais pas encore que cette fille allait changer ma vie car entre deux pintes de whisky, je ne savais pas encore écouter mes potes me causer de leur dernière découverte en matière de porn. 
En 2008, je connaissais déjà Sasha en tant que Marina, principale force créatrice de aTelecine. Ce n’est que douze mois plus tard que j’ai découvert Marina en tant que Sasha Grey, révolutionnaire de l'Adult Entertainment.

Un mec a écrit un jour que le plaisir c'était faire quelque chose en sentant que l’on est en train de s’intoxiquer, et continuer. Honnêtement, ceci est probablement la seule question qui mérite d’être prise en compte. Qu’est-ce que le plaisir? Pourquoi le plaisir? Et comment? 
Et cette fille a tout compris le jour où elle a poussé la porte des studios pour se lancer dans le porno, pensant que la seule chose qui allait lui permettre de ne pas ressentir l’horrible fardeau du temps était d’aller chercher le plaisir, de s’intoxiquer sans trêve, de s’en rendre compte et de continuer. Mais s’intoxiquer avec quoi? L’alcool, le cul, l’art? S’intoxiquer en n’ayant aucune putain de limite.
Je ne sais pas comment on peut arriver à comprendre certaines choses lorsqu’on a encore que 18 ans et deux jours. Se rendre compte que le vrai film pornographique dégradant est le film de cul moyen, celui qui n’arrivera jamais à t’exciter physiquement ou visuellement car c’est celui qui n’arrivera jamais à franchir les frontières du X, de ce qu’une femme est supposée être ou doit être au lit. 
Mon côté pro-porn est en train d’essayer de vous dire que le sexe est utilisé chaque jour dans les médias, je veux dire, on l’utilise pour vendre des chaussettes. Et des micro-ondes. Et en même temps, on tend à penser qu’il est préférable de garder cela pour nous, qu’en tant que femmes, il nous est permis d’être sexy mais pas d’être "sexuelles", de montrer ses nibards mais de ne jamais mentionner son désir pour la perversion, ou la créativité, sexuelle. Alors on se cache derrière un voile de sécurité, abandonnant l’idée que le sexe peut être autrement que dégoûtant.
On ignore qu’en un sens, on est ici pour être comme ces femmes, pour être Sasha Grey, Belladonna ou Jenna Haze, puisqu’elles redonnent un sens au plaisir, nous susurrent à l’oreille que la ligne de séparation qui a toujours empêché la pornographie d’être considérée comme de l'art ne résulte pas de ce qu'on expose depuis l'âge d'or du porno, mais de la façon dont on l'a toujours présenté. Elles explorent les métaphores de la soumission et de la domination, défient le système; apprennent les règles, cassent les règles, foutent leurs propres règles, et recassent ces mêmes règles. Alors en expérimentant devant une caméra vos désirs les plus inavouables, elles tenteront de vous prouver qu'il existe une part de beauté dans ce qui est soi-disant dégradant, et qu'il n’y a pas de raison pour dire non, car on ne sait pas toujours ce qu’on veut jusqu’à ce qu’on nous le donne. Elles vous prouveront à travers une triple pénétration qu'il n'y a pas de raison pour refuser de savoir jusqu'où votre corps et votre psyché peuvent vous mener.

Au fond, je me pose la question mais je comprends tout à fait pourquoi Sasha Grey a décidé de repousser la porte des studios pour se tailler après seulement cinq ans d’activité. 
J’entends des gens me dire que l’excès de rapports sexuels épuise, que le corps humain ne peut être en perpétuel "inflammation". Ils me parlent d'épuisement, de dégoût, et de lassitude, mais il n’y a jamais de lassitude quand on est un créateur, il n’y a jamais de lassitude quand on est au sommet, et il n'y a jamais de lassitude lorsque c'est une stratégie du regard qui est mise en scène plutôt qu'un corps. Demande à George Mallory.
Au final, je conserverai en mémoire vive le souvenir de ce gang bang sombre à mourir, et durant lequel, entourée d’une vingtaine de gaillards insatiables, elle expérimentera avec une vigueur animale et sous les regards ahuris de ses partenaires tout ce que 50% des actrices, et 85% des femmes, s’étaient promis de ne jamais pratiquer. Elle finira la scène à genoux, un sourire sincère plaqué sur le visage, avec son regard lubrique légendaire, et le sentiment d'être Dieu, tout simplement. Le sentiment d'avoir réussi à prouver à l'Homme moderne que la pornographie n'était finalement pas dépourvue de mérite artistique, ou de valeur sociale rédemptrice.
J’avais 16 ans la première fois que j’ai vu cette scène, et pendant un mois, j’ai regretté qu’elle n’ait pas décidé d’arrêter après l’avoir tourné, pensant qu’elle avait atteint l’acmé de son art. Mais ce n’était que le début d’un tourbillon qui allait larguer, tour à tour, chacun(e)s de ses partenaires; de Sandra Romain à Stoya en passant par Belladonna ou Manuel Ferrara. 

Il y a 40 ans, le porno se demandait encore comment faire pour que les représentations sexuelles explicites ne soient pas cause de la disparition des sentiments. Et puis Sasha Grey est venue, elle a déboulé pour nous montrer qu'on avait tort d'avoir peur de la disparition des sentiments, que dans l'excitation de la douleur et de la soumission, dans l’arène parfaite qu’est le sexe, la disparition de l'émotion allait ouvrir la voie à tous nos désirs les plus réels, les plus doux. Que nos enfants allaient devoir craindre notre plaisir grandissant des perversions sexuelles, au lieu des voitures sur les autoroutes de demain. 
Marina Ann est venue, a vu, a vaincu.

28 commentaires:

Natal Order Fever a dit…

Tu m'expliquer où tu vois de l'art dans le porno? Pourquoi chercher à justifier à tous prix la consommation de biens qui nous asservissent? Le porno c'est la mort du Beau, c'est une vision des hommes et des femmes qui tue toute grandeur, tout appel de l'infini; un défi jeté à Dieu? La mort du mystère. Si le corps de la femme a toujours été associée au sentiment du Beau, c'est qu'elle éveille l'admiration, devant une création si parfaite, devant une créature si généreuse (au sens de noble). Qu'on salisse ou maltraite l'image de la femme, ça ne peut qu'assouvir nos désirs les plus mesquins, et si on me répond qu'il faut assouvir tous nos désirs, y compris les plus bas, peut-être n'a t-on pas quitté l'animal.

Fœtus a dit…

D'abord, je ne parlais pas du porno en général mais d'une niche bien particulière du marché du X, portée justement par Sasha Grey & co, puisque j'admets qu'en effet 90% des films porno qui sortent au cours de l'année sont dépourvus d'intérêt, si l'on considère bien entendu que même un film X est capable de transmettre un message particulier. Ensuite si je pense que le porno est en partie lié à l'art c'est pour son processus lié au jeu, à la métamorphose, aux pulsions primaires - à l'imaginaire pour aller vite. Ce que Sasha Grey fait n'est pas de l'art, c'est comment elle le fait qui peut être considéré comme tel. La façon avec laquelle elle conteste elle-même sa propre existence, en explorant la part la plus sombre de son être.
Et, ça va, on a arrêté depuis longtemps de penser que la pornographie rendait les gens plus barbares.

Yasmean a dit…

Ce texte est vraiment le meilleur que j'ai lu sur Sasha Gray, et l'un des meilleurs qui soit dans la blogosphère en général. Les mots sont soigneusement choisis, le dernier paragraphe est vraiment bien écrit.
En te lisant, certaines personnes peuvent penser qu'il n'y a pas grand chose derrière ce que tu écris, du vide, que tu écris pour écrire, ou simplement pour être lu; mais il y a bel et bien un message subliminal qui se cache derrière tes phrases, si je puis dire. Tu n'es pas bête, parce qu'en parlant de pornographie comme tu le fais; tu fais le constat de la perte des idéaux au profit de la consommation.
Pareil lorsque tu parles de fêtes, de la vision du milieu berlinois, tu rends les fêtards plus humains, et les actrices porno, et les hommes de ta vie. Même si au final, je reste en désaccord avec toi sur certains points.
En tout les cas, si les compliments te mettent mal à l'aise, j'en suis désolée :)

Anonyme a dit…

Tu dis vraiment trop de la merde.

cetla a dit…

y'a bien 50% de la populasse, si je puis dire, qui serait en totale contradiction avec toi et ton texte. Tout simplement parce qu'aujourd'hui le sexe, qui malgré tout est utilisé par tous les médias pour vendre, est quand même sacrément diabolisé. C'est un monde, une societé hypocrite. Non pas que je sois un fat consommateur de x, mais même les acteurs, se retrouvent déshumanisé, et toute tentative de faire du beau avec du "sale" est constamment rejetée ou rabaissée, rarement reconnue à sa juste valeur quand, biensûr, valeur il y a. Encore l'autre jour, je bossais avec un type dont la femme est actrice chez Dorcel, et il m'expliquait que, dans la vie de tous les jours, c'était assez impressionnant de constater à quel point ils étaient pris pour des monstres, des bêtes de foires même en emmenant leurs gosses à l'école quoi, les regards, les mots, perpétuellement jugés, mis au banc de la société (d'hypocrite, car comme il m'a dit, ceux qui ont reconnu sa femme , devaient être des mecs qui telechargaient du porno a bloc, bref c'est comme les USA, plus grands consommateurs de x mondiaux, mais pourtant ce sont ceux qui crachent le plus dessus et nient à mort). Du coup, lui sa femme et leurs gosses, se recluent volontié dans leur monde X, fréquentant producteurs et acteurs uniquement, mais se reconnaissant plus humain que les cracheurs et bonnes soeurs eux-même, qui les ont tout bonnement rejetés. Alors certes, les films de cul, y'a de tout, soft, trash ,inutile, sales, mais nier la part de beauté qu'il peut y avoir dans certains de ces films, la part de grandiose, serait ridicule. Tout comme ceux qui jugent sans connaître. Mais ok, c'est plutôt rare, surtout dans ce monde la but well, dans 95% des corps de métiers, surtout ceux portés vers l'art : musique, théatre, cinéma, photographie y'a que 5% (et encore) qui vaut vraiment quelque chose, faut du talent, certes, mais aussi autre chose. Une oeuvre d'art intéresse, intrigue et subjugue, elle est intemporelle dans le fait que, bien souvent, elle se revèle vraie en exposant nos côtés les plus humains, qui sont, souvent, les plus bas, primitifs, sales mais putian de beaux. Car on nous a appris a tout cacher, à faire semblant, à ravaler nos désirs et nos amours, nos passions et notre haine. Werewolf, les côtés noirs de chaque être, il serait bête de le nier, à part si on est totalement fades, lisses, et qu'on repete les gestes des autres machinalement. Nos désirs inavouables nous rendent humain, dans notre faiblesse, dans nos amours démesurés, dans notre folie, et notre noirceur, aussi. SG nous dévoile un peut tout ça et devant une camera, alors ouais, y'a sûrement de l'art dans ce qu'elle fait, bien plus qu'on veut bien le reconnaitre, et ce texte est vraiment pas mal, dans le sens qu'il révèle une part de vérité, qu'on nie trop souvent parce que c'est "sale" parce que c'est du cul, parce qu'on aime bien cracher dans la soupe, les hypocrites, les puritains qui parlent sans connaître, mais au fond on est tous dans la même merde, même si c'est plus facile d'aimer Céline que S G pour mademoiselle X (jveux dire par là, que certains reconnaissent plus facilement une forme d'art ou de beauté, bien que celle ci soit tout aussi sombre), et plus facile d'aimer Aragon que Céline (mais j'adore Aragon). tous des putains de werewolf avec nos côtés sombres. affreux parfois, merveilleux d'autres. SG subjugue, interpelle, s'expose. Mon pote m'a dit "une meuf qui fait du x pourra jamais faire du classique, talentueuse ou non". Ils sont trop rencardés, faudrait qu'elles ouvrent plus leurs gueules. Donc ouais, tu défends pas mal la chose, sachant que peu y pensent le reconnaissent et le soulignent. C'est pas d'la littérature, mais fallait en parler. Et S G et l'amour que tu sembles lui vouer, c'est plutôt adéquat.

Margot a dit…

Ce texte dépasse de loin ce que vous avez toujours écrit ici ou ailleurs, mais une seule question me taraude l'esprit : pourquoi accepter ce genre de commentaires inutiles? (cf "tu dis vraiment trop de la merde")

Anonyme a dit…

Parce qu'elle dit vraiment trop de la merde.

Margot a dit…

On t'as rien demandé Anon, mais puisque tu as l'air intelligent et que tu insistes, développe-nous ton point de vue.

Anonyme a dit…

Margot, si tu n'es pas capable de comprendre toute seule pourquoi ce texte est bidon, je ne vais pas perdre mon temps à te l'expliquer je crois.

Margot a dit…

Pourquoi tu mets pas ton vrai nom et une adresse où on pourrait aller te dire coucou, Anon? De quoi as-tu peur?
Et je suis capable de développer mon point de vue, et la raison pour laquelle je trouve ce texte grandiose, ce qui n'est apparemment pas ton cas.

Jérémy a dit…

Ben réponds-moi ici mon coeur, ça changera pas grand chose. (Néanmoins je te laisse tout ça)

Tu peux développer autant que tu veux ça prouvera trois choses: tu ne connais rien au nopor, tu ne connais rien à la littérature, et, partant, à l'art.

Annarella D. Grey a dit…

Les commentaires sont souvent intéressants sur les bons sites. J'ai lu de belles choses, par ci, par là. Tu résumes toi-même bien les choses, je ne connais pas du tout Sasha Grey, mais je vais là découvrir sans tarder grâce à toi. Ce que tu fais non plus n'est peut-être pas de l'art en soi (bien que), mais c'est également la façon dont tu le fais qui l'est.

Annarella D. Grey a dit…

Je ne savais pas que tu connaissais ce blog là.. Je ne me rappelle plus de quelle façon j'ai atterri sur le tiens, ça doit être lié au fond. Je ne sais plus vraiment, ni même pourquoi continuer de publier tout ça. Bref, du reste merci pour tout parce que tu m'inspires à chaque fois. Tu rappelles beaucoup de choses à l'ordre, tu reconduis au désordre, tu perturbes, quoi...

Margot a dit…

Jeremy Jacquet... comment te dire que tu n'as absolument aucune imagination!? Et j'ai jamais dis que je m'y conaissais en films porno, je sais juste apprécier un texte sans me sentir obligée de devoir sortir du moule alors que je ne suis même pas capable de développer mon point de vue.

Jérémy a dit…

Ben oui c'est sûr je devrais m'appeller Margaux Martin quoi ce serait original et plein d'imagination, merci.

(PS: on a pas trop d'adresse pour te dire coucou non plus)

Margot a dit…

Non, tu ne devrais pas t'appeler Margot Martin, mais on sait tous les deux que Jérémy Jacquet n'est pas ton vrai patronyme, et que tu as même un endroit où on pourrait aller te dire coucou, ce qui n'est pas mon cas.

Anonyme a dit…

tu es une naughty girl et ça m'excite à donf, genre je voudrais bien voir ce que tu es cap de faire, jusqu'où tu peux aller, si t'as ds limites ouais.

sphher a dit…

Moi c'est le son qui me fait bander, plus que le texte.

Jérémy a dit…

Ben oui tu as un endroit, je t'ai laissé mon mail :/

Margot a dit…

Tu l'a laissée ici, moi j'ai pas de blog, je déambule, c'est tout. et je t'enverrais bien un mail mais j'a rien à te dire.
Maintenant, si tu veux bien, cessons de pourrir les commentaires de ce blog.
Adios.

Anonyme a dit…

je sais pas si tu as lu ça http://www.letagparfait.com/2011/04/26/tiffany-epiphanie/ mais à la fin vadim te fait un petit coucou malicieux... je sais pas ce que tu en pense.

Fœtus a dit…

Absolument rien.

Farah. a dit…

Que de polémiques ma petite Sara. Je l'aime bien ton texte en tout les cas.


t'embrasse,
Farah

Anonyme a dit…

C'est formidable ces micro-débats là.
Ca me fait penser à ces cuisiniers qui soutiennent, face à une audience ébahie (évidemment) que la feuille de menthe, là, et la fameuse "virgule" de purée de poids, ici, à côté du mille feuilles à base de pain d'épice toasté, de compotée d'oignons et de foie gras d'origine contrôlée, OUI, ça élève la cuisine au rang d'art et que, s'il était encore nécessaire de le préciser, ça prouve quand même bien que l'art culinaire n'a vraiment plus à pâlir face aux autres formes... d'art, donc.
Enfin là on parle de types qui pensent que l'art c'est beau, ben oui, que la Joconde c'est un peu un must dans le genre (alors qu'en plus Mona Lisa ils ne la trouvent pas vraiment jolie, et là ça devient complexe, c'est génial), et que l'art contemporain c'est Roat Roumano Choucalesco (ils l'ont vu à la télé, et c'était TELLEMENT vrai, han).
Nan mais en même temps tu m'étonnes... vous avez vue Lady Gaga ?? Faut pas déconner non plus.

Mais vous, les copains, vous n'êtes pas d'entre eux, hein ? Et vous parlez encore d'art en 2011 ? Et vous en parlez comme ça ? Ah mais là vous êtes out...
"Out".

Annarella D. Grey a dit…

À quand les mots suivants ? Je te guette, tu t'estompes.
Reviens :)

Annarella D. Grey a dit…

Ah ouais, tu fais quoi comme études ?

Anonyme a dit…

jte veux dans mon lit, fais des trucs à ma queue comme si j'étais vadim poulet

a dit…

Sasha <3