T'es mort y a quatre jours.
Ca parait presque banal dit comme ça, et pourtant ce soir j'ai passé deux heures devant chez toi à t'attendre. Je sais pas, c'est con d'attendre quelqu'un alors qu'il est six pieds sous terre; je veux dire c'est comme attendre le soleil à Cherrapunji ou la pluie dans la Vallée de la mort.
En parlant de pluie, je crois que je me souviendrai toujours de cette nuit d'août où on était allés se baigner alors qu'il pleuvait des cordes; je crois qu'à la base on était une vingtaine d'enfoirés et qu'on voulait prendre notre pied en faisant une espèce de feu de camp à S.B alors qu'on était persuadés que les choses n'allaient pas se dérouler comme prévu parce qu'il pleuvait énormément. Et je te connaissais pas encore, non, je connaissais pas grand-monde parce que je venais de débarquer dans une ville où il allait falloir tout recommencer mais que j'étais trop flambée pour ça, et tu m'observais en train de pleurnicher pour attendrir mon copain de l'époque et t'as dû pensé que j'étais vraiment mal, alors tu m'as demandé si je voulais bien aller me baigner avec toi, mais à quinze ans je n'étais pas aussi folle qu'aujourd'hui et on avait pas de maillots de bain alors j'ai gentiment refusé l'invit', et je me rapelle que t'étais beau comme un dieu et que le soir, dans leurs lits, les filles se touchaient en pensant à toi tandis que les mecs se touchaient en pensant aux meufs qu'ils pourraient serrer s'ils étaient toi.
Ouais, je me rappellerai toujours de la façon dont tu m'as souris, comme pour me dire "tu t'en tireras pas aussi facilement", et la façon avec laquelle tu m'as enlevé mon futal et ma veste devant tout le monde, et comment tu as couru jusqu'à l'eau en me portant sur ton dos.
Et je me rapelle qu'il y avait ce parfum, cette putain d'odeur qui m'avait rendu folle en deux minutes chrono et que je sens, aujourd'hui encore, à chaque recoin de ma putain de chambre; à chaque recoin de mon putain d'coeur.
Mais on se connaissait même pas, je veux dire je savais que dalle sur toi mais on s'étaient éclatés comme deux gamins, tout nu, pendant une demi-heure, une demi-heure pendant laquelle j'ai pensé que la liberté ne durait que trente minutes parce que les choses étaient beaucoup plus simples en ta compagnie et qu'il y avait pas de mystères, pas de putain d'imbroglios; tu parlais pas par énigmes, je veux dire il arrivait qu'on passe des heures assis l'un en face de l'autre à s'enfiler une dizaine de chopes, des jours et des vies sur cette plage, sous une tente moche et trouée, et je n'essayais jamais de t'entuber et t'essayais jamais de me séduire. T'étais cool, et passer deux ans à trainer avec toi ont suffit à m'apprendre à rester calmos.. quoiqu'il arrive.
T'étais un putain de philosophe, mec; rien ne t'échappait, ton odeur imprégnait chaque endroit où tu posais les pieds, et je me souviens qu'on partageait le même foutu rêve, à savoir visiter Paris et NY, mais c'était pas des paroles en l'air; c'était la seule chose que tu désirais réellement et pour laquelle t'étais prêt à faire des folies.
Je crois qu'à l'époque je n'avais pas encore autant d'ambition, ou d'espoir, car j'étais vraiment paumée à quinze ans. Ouais, j'étais une putain d'hippie et je passais tout mon temps à écouter The Specials et à fumer des joints en fixant mon poster Jerry Dammers. Je pensais vraiment que Paris allaient vnir poser son cul à deux kilomètres de ma putain de piaule et que les choses allaient devenir moins compliqués du jour au lendemain. Mais un jour tu m'as dis quelque chose comme "sors ta tête de ton cul deux secondes si t'as vraiment envie de foutre le camp" et je me rapelle que la dispute avait duré à peu près vingt minutes mais que ça avait été particulièrement violent et intense parce que je t'avais mis une baffe et t'avais traité d'enculé de prêcheur. On s'est plus causé jusqu'à ce que je daigne m'excuser trois mois après en te demandant de venir nager avec moi, de préférence sans maillots de bain. Et t'étais bien sans maillots de bain, t'étais toujours aussi parfait qu'il y a trois mois.
Je me souviens qu'un type des beaux-arts t'appelait "le Faune Barberini" parce que tu t'allongeais toujours de la même manière lorsque tu chassais le dragon.
Aujourd'hui je repense à la fois où je t'ai dis que l'héro allait te tuer avant même que tu poses tes pieds à NYC et tu m'avais charrié à propos de mon blog en me disant "ouais, ben en tout cas je compte sur toi pour me rendre un grand hommage sur ton blog". Et tout le monde était conscient de la gravité de la chose mais personne ne disait jamais rien, et aujourd'hui vous chialez tous comme des enfoirés de tapioles et j'ai envie de vous fourrer votre coeur bien profond dans le fion. Il aurait peut-être préféré crever à Paris ou aux States, lors d'un gang bang interracial ou dans un club échangiste, n'empêche qu'il voulait vraiment en finir le plus tôt possible. Alors chialer en pensant à lui est foutrement absurde.
D'ailleurs chui sûre qu'en ce moment il est en train de se fendre la gueule.
Mais j'écris cet article ce soir parce que t'étais un chic type, mec, t'étais vraiment un type bien. Et même si tu nous gavais avec tes principes à deux balles, comme se déchausser avant de rentrer chez toi alors que t'as plus passé l'aspirateur depuis 98, ou avec tes théories sur la bite de Jack Nicholson, t'avais un côté "Dalai-Lama" que je trouvais attendrissant.
Mais en dehors de ton optimisme cucul la noisette, t'avais un côté encore plus fascinant : ton côté "moi je m'en branle, je cause avec tout le monde"; qui me faisait vraiment tourner la tête. J'veux dire des fois ça me fascinait, et des fois c'était carrément déconcertant. Parce que t'avais cette manière d'approcher les gens et, en même temps, de les mettre en confiance qui m'était jusque là tout à fait inconnue.
T'étais mon maître et là j'ai juste intérêt à prendre ta relève et à assurer comme un boss. Mais c'est pas ça qui m'angoisse, mec, c'est pas ça. Ce qui m'angoisse c'est que j'ai l'impression que mon envie de prendre la route pour Paris et NYC s'est éteinte en même temps que toi.
I'm not going anywhere.
I'm not going anywhere.

1 commentaire:
FOU. Et bordel cmt tu connais Cherrapunjee putain.
Enregistrer un commentaire