
18:40
C'était une réunion énorme; pas le genre de réunions auxquelles j'étais habituée, avec deux packs de bière et deux joints pour sept personnes max que l'on se passe durant toute la soirée et qui suffisent pour nous emmener aussi loin que possible; là c'était le genre de rassemblements que je ne fréquentais jamais; à 20Km de ma piaule délabrée, avec au moins une cinquantaine de personnes et des choses qui se passent dans tous les coins, sur chaque plumard et chaque chaise - pas une orgie, juste une vraie réunion avec des cris assourdissants et de la soupe-house de merde en fond sonore.
De loin, j'avais l'air d'une nana complètement perdue. J'étais juste plantée là, toute chancelante, me demandant au fond de moi ce que j'étais en train de foutre parmi tous ces branleurs que je connaissais, pour la plupart, depuis des années.
De près, j'étais bien. Non, en fait je buvais de la bière sans alcool absolument dégueulasse, ramadan oblige, et une quinzaine de types m'avait déjà touché le cul alors que ça faisait juste cinq minutes qu'on était là, mais j'étais "bien". Toute ma vie, tous les visages de ma putain de vie étaient autour de moi.
M. fit connaissance d'une certaine "qtita", chatte en français, et il disparut avec elle. D'ailleurs j'ai su un peu plus tard que la chatte en question était une prostituée payée 5 euros l'heure afin de satisfaire les désirs de quelques puceaux en chaleur qui mouillaient leurs slibars à chaque fois qu'une nana potentiellement baisable passait devant eux... mais je m'en doutais vu son surnom un peu weird.
Alors je m'endormis sur un divan et je regardai, les yeux à demi-ouverts, des types déambulant sans t-shirt, juste en pantalon et pieds nus. Et pour la première fois de ma vie j'étais réellement en train de pioncer alors que l'horloge en face de moi n'indiquait que 12:45.
J'avais dû dormir pendant une demi-heure déjà quand une nana un peu bandante s'est affalée sur le divan avec une délicatesse absolument remarquable. Sur le coup je m'en fichais un peu qu'elle soit bandante, tu vois, j'avais juste envie de l'agonir d'insultes parce qu'elle venait de m'arracher à ma rêverie avec une violence insolente. J'ai sursauté et j'étais sur le point d'ouvrir ma gueule quand elle m'a balancé un "je m'excuse, chui un peu bourrée", et un sourire apparut sur son visage extatique. Elle pouvait à peine placer un mot tellement elle était défoncée.
Emma, c'était son prénom. C'était une Française, brune, maigre, grande, étrange et d'une grâce assez troublante. Apparemment, elle avait essayé de me causer parce qu'elle sentait que j'étais un peu "triste" mais je ne suis jamais triste. Alors elle m'a parlé de ses vacances à Marrakech, de son chien "Nook", de ses potes marocains, d'Eminem qui s'est tiré une balle dans le pied en faisant un feat avec Rihanna, de sa grand-mère décédée, de Lille, de l'amour et de sa soeur Sofia; "et si quelqu'un touche à ma soeur, je dégaine et je le descends", me dit-elle, tous ses os frémissant d'excitation juvénile.
Elle se contentait de parler et de parler et de parler, d'une voix hypnotique et mystérieuse et je restais plantée devant elle, opinant du chef et répétant sans arrêt : "Oui... oui... oui." Je ne savais pas ce qui m'arrivait et, soudain, je me rendis compte que je voulais être comme elle parce qu'elle se foutait royalement de tout et qu'elle était tellement bien dans sa tête que son excitation jaillissait de ses yeux bleus par éclairs démoniaques. Je me disais que si je réussissais à faire comme elle sans arrêt, je finirais par atteindre le nirvana. Et comme elle sentit que mentalement je commençais à me barrer, elle me demanda de lui parler de moi, de ce qui me bottait, de ce que je voulais faire plus tard et elle s'est même pas foutue de ma gueule quand je lui ai dis que j'étais en train d'écrire un scénario de film, que je prenais des cours de théâtre, que je rêvais de devenir actrice, que j'avais une photo géante de Katharine Hepburn collée sur le mur de ma chambre et que le Tarantino des années 90 était mon Dieu. Non, elle m'a juste regardé bien droit dans les yeux en me demandant de lui parler de mon amour pour le cinéma. Et je me rendais tellement pas compte de ce que je disais que j'ai commencé à lui parler du script, alors que je l'avais encore jamais fait avec personne d'autre. Elle avait l'air tellement touchée par l'histoire que j'ai cru apercevoir une larme couler le long de sa joue. Elle m'a chuchoté un truc comme "ça sent le vécu" et m'a embrassé sur le front.
La scène était assez étrange. Tout d'un coup j'avais l'impression que tout le monde était en train de nous observer, que tout le monde attendait qu'on se désape pour nous envoyer en l'air. Mais pour une fois ça n'avait vraiment rien à voir avec le cul, tu vois, non, cette fille était en train de me vendre du rêve, elle était en train de me dire, à travers son regard, que putain y a que nos rêves pour nous sauver et qu'avec nos lunettes, si on le veut, on peut déjà voir où on sera quand la grande faucheuse viendra et nous touchera la main. Elle était en train de me promettre qu'un jour il y aura un endroit pour nous, un endroit où on trinquera à la vie, à notre vie, en regrettant que le temps passe si vite quand on est jeune et que l'on prend son pied.
Tu vois des fois chui vraiment bien, mais pas genre bien parce que j'viens de courir pendant deux heures non-stop ou parce que j'suis bourrée et que je me rapelle plus de qui je suis, non genre bien comme si j'étais défoncée au speed et que pendant deux heures et demi je pensais plus que ma vie était à chier. Non, maintenant chui là et je pense que j'ai mille et une options, je pense que je suis la personne la plus fauchée que je connaisse mais que ça ne me dégoûte pas parce que j'ai du goût pour trop de choses, et je pense à tous ces jolies gens que je rencontrerai un jour, je pense à ma vie dans cinq ans, ailleurs, et je pense à toute la beauté de ce monde qui s'offre à moi, à tous ces événements imprévus qui sont en attente, qui me surprendront et qui, du seul fait qu'ils se produiront, me rendront heureuse de vivre. Alors je pense à tout ça et je me dis qu'un jour je serai vraiment bien dans ma putain de tête, sans speed et sans hasch; juste bien..
Et puis elle s'est taillée et une heure plus tard je me rendis compte que je ne savais rien de cette fille et qu'on sait jamais rien des gens en fait, même de ceux qu'on aime.

28 commentaires:
Dur ce clip, on dirait les vacs de ma ptite reuss. Sf qu'elle est plus jolie qu'elles quoi.
seigneur, Mehdi est juste complètement givré; le type qui saute vraiment tout ce qui bouge haha.
Et sinon, ça va toi ? je te vois plus aux soirées, bitch :D
viens faire un tour chez moi un de ces quatre, tu manques.
Meuf, tu m'as fait rire. Mais moi je te vois jamais, même que l'autre jour chui passée avec Med au restaurant de ton vieux histoire de te faire un petit coucou mais ton mec m'a dit que t'étais à Rock en Seine. Joli.
non même que moi j'ai pensé à toi devant arcade fire, sous la pluie et tout ça, c'était épique, je pleurais de bonheur. Marvelous!!
Ouais, j'ai vu ça.
coeur.
ha seigneur, sur le moment j'ai flippé à mort; j'ai cru que t'y étais toi aussi. et puis je sens un peu d'amertume dans ta réponse mais moi j'te dis t'inquiètes pas meuf, dès que t'as ton bac tu viens me rejoindre et tu crèches même chez moi s'il le faut.
je t'aime.
WHOM ARE YOU???!!
sorry man, I didn't understand ur question, I mean I understand what it means but... no, I didn't understand it.
Listen, I do not really speak French so I did not understand everything, but I appreciated what I understood and you seem to be someone very strange and I like that but I would like to know the rest, I mean I'd like to know some stuff about you that nobody here knows...
well, I take it as a compliment but I don't really know wat to say ... in any case, I think it may be interesting.
J'aime comment tu parles de Truffaut. A vrai dire je trouve qu'il y a vraiment trop peu de gens qui ont cette admiration ou cette petite chose dans leurs intérieurs à propos de ce cinéma là. Ca me donne pas mal de sourire à dire vrai.
J'aime toujours autant ce que je lis là et puis là ; et qui sait dans un an ou deux, je croiserai peut-être dans Paris celle qui donne des images de notre grand Bukow' et du regard à Sasha Grey.
Owais owais
J'en sais pas plus que tout le monde ; j'ai juste une certaine capacité à faire semblant d'en savoir un peu plus que tout le monde (je crois que c'est l'enseignement parallèle à la fac de lettres : savoir faire semblant de savoir).
Je pense que mes textes ont cette apparence parce que j'ai justement un peu cette envie de tout essayer. C'est vite prétentieux et assez marginalisant (de façon un peu péjorative), mais j'ai du mal à concevoir le fait de s'auto-limiter au niveau de la pensée et puis peut-être aussi de l'action parfois.
Je crois que c'est un truc qui correspond à l'âge : dix-neuf ans c'est le moment où on veut tout, tout de suite.
J'aime beaucoup l'idée ; je n'arrivais pas bien à mettre un mot dessus mais, définitivement, c'est exactement ça.
"De près, j'étais bien. Non, en fait je buvais de la bière sans alcool absolument dégueulasse, ramadan oblige."
mon cul, toi+ramadan = même pas dans tes rêves, chou
Haha, je déconnais; c'est trop galère, mec, c'est comme si on te demandait de jeter tous tes films/magazines de cul par la fenêtre, t'imagines un peu le truc.
et sinon *clap, clap, clap* une pipe gratis pour la prochaine fois.
Merde j'allais déjà sortir ma grosse teub de black qd je me suis rendu compte que je pouvais pas baiser ma meilleure pote euh par principe.
ah et joyeux anniversaire, Linda!! (j'veux juste ton cul)
Depuis quand t'as des principes, tête de noeud? mais ta gueule! on va vraiment croire que chui la relève de linda lovelace ou un truc comme ça. mais cimer, mec.
des bisous partout (LOL)
J'espère au moins que tu lis Bukowski en plus de poster les photos les trash de lui.
Sinon, t'es qu'une poseuse de merde de plus, washed-out dans 3-4 piges.
Si t'avais tout lu, tu aurais trouvé la réponse à ta putain de question et tu serais pas venu me faire chier la bite, connard. Mais t'es qu'un enculé de merde de plus.
A bientôt, dans 3-4 piges. & let's have a toast for the assholes.
Tout ce que j'ai lu, c'est un fake risible qui se complait dans un trip nihiliste de troisième zone sans oublier le combo habituel: prose sur-écrite + détestation de soi et surtout des autres.
Tu me diras, pourquoi te lire ? Bah, justement : pour te dire d'arrêter.
Non je te dirai que dalle, mec. Je te dirai rien sauf peut-être que tu ailles te faire foutre, que tu continues d'essayer de me convaincre d'arrêter d'écrire et donc de vivre, ou encore que tu ne cesses pas de revenir ici jusqu'à ce que tu comprennes que je ne me déteste absolument pas, que j'ai jamais dis cela et que c'est tout à fait le contraire parce que je suis formidable, je veux dire divine, que mon blog se passe largement de commentaires et que je m'en tamponne le coquillard avec un pénis de castor ambidextre d'tes conneries de pseudo-analyse critique à la noix de coco.
Allons, soyons sérieux! C'est pas comme si j'étais Hemingway ou que j'avais écrit Voyage au bout de la nuit ou un truc comme ça. Moi j'ai rien d'autre à offrir que ma propre confusion alors peu importe ce que tu penses, vraiment, peu importe si des gens adorent ou détestent; sache que je n'arrêterai jamais, sauf si en sortant ce soir je me fais écraser par un enfoiré de mini-Zemmour en devenir.
Je sais pas, j'adhère pas.
Trop trafiqué j'imagine.
Des fois, j'essaye d'écrire des articles sérieux, sans le moindre second degrés. Avant, j'y arrivais, en même temps avant j'me sentais jamais bien. Maintenant, non. Impossible d'écrire quelque chose de convenable ! J'ai essayé hier, pourtant, j'étais dans l'état d'esprit "ouai-fais chier-la vie c'est pourri"...
Mais non. J'arrive plus à être sérieux. Flute alors. Cela dit, je me sens mieux qu'avant. Pas que ma situation ait changée, hein... Nooooon... Sauf que je me suis tellement habitué à me faire chier que je ne me rends même plus compte que je devrai m'ennuyer.
Mouai. Ou alors je m'amuse tout seul (Oui, il y a un sens lubrique dans "plaisir solitaire", évidemment, mais pas seulement). J'me fais des films, j'me fais des grimace tout seul devant un CD (Rammstein, d'ailleurs), je chante bien ou mal mais tout seul et me trémousse comme ces débiles qui font de l'air guitar.
Puis bon, j'me branle, hein. Ça occupe aussi.
Et maintenant, quand je lis les pérégrinations de gens qui sont paumés comme je l'ai été où à peu de choses près, et baaaaaaaaaaaaahh... Rien. Ouai, voilà, rien.
J'comprends même plus. J'arrive plus à récupérer cet état-d'esprit. Je suis devenu imperméable. Ça ne me touche plus tant que ça, je compatis pas assez peut-être mais j'y peux rien ! C'est pas que je vais être un imbécile heureux qui va te dire "dis-donc, p'tite fifille ! Fous toi un coup de pieds au cul et tu verras que la vie est belle !" (parce qu'on me l'a faites souvent celle-là, elle est reloue. Non, la vie est pas plus belle, la seule différence entre avant et après le coup de pieds, c'est que t'as mal au cul !)
Reste que euuuh, t'es dans le caca.
...
Voilà.
C'est bien ce que je dis, sapristi ! J'arrive plus à écrire convenablement, damnature ! Damnation ! Damned ! Chiotte !
Bon, on va dire que je compatis un peu, pour le style genre "t'as vu, j'suis altruiste et tout. Aime moi, je suis à peine hypocrite." M'enfin, compatir ça sert à rien alors pourq ce que tu dois en avoir à foutre de ce que je peux dire. C'est peut-être même mieux de recevoir un commentaire à chier comme celui que je viens de pondre, qu'est quand même bien marron faut le dire, plutôt qu'un éternel "ah bah dis donc, pas cool la life j'te comprends j'suis comme toi ouai les êtres humains ils sont vilain et moi aussi, life is cruelle".
Plutôt que de mettre la musique à la fin du commentaire, autant qu'elle soit ici :
http://www.youtube.com/watch?v=J3jo5pndgek
Se trémousser en headbanguant et danser, c'est pas pareil. Un de ces deux mouvement impliquent forcément d'avoir l'air particulièrement idiot. Donc, non, rieeeeen de rieeeeeeeeeeen, non, je ne regrette rieeeeeeeen, puisque rien n'a changé.
Je suis toujours paumé en vérité. Je préfère toujours mes rêves et mon imagination à la réalité, peut-être même plus qu'avant vu que mon imaginaire ne fait que grossir. Et j'ai toujours pas trouvé qui que ce soit avec qui partager cet imaginaire ou n'importe quel moment de ma vie.
O soooole miiiiiiiio
*Insérer violons*
Je crois que la seule différence entre avant et aujourd'hui, c'est que je suis plus intéressé à l'idée d'être simplement remarqué, je veux être remarqué pour ce que j'ai fait. Enfin, ferais...
Il n'est donc d'autres choix que d'avancer par soi-même, et vu que les autres pourront pas t'aider, bah au revoir les autres ! Bonjour introspection personnelle!
Quand je disais sérieux, je voulais dire "sans connerie", avec des vrais morceaux de vécu dedans. J'ai été sérieux, rarement longtemps, mais quand je l'étais, ce que j'écrivais consistait en quelques SOS typographique (auxquel on me répondait rien de très intéressant ou alors de me bouger le cul. Se défenestrer ne comptant évidemment pas comme un mouvement !).
Ce que t'écris c'est sérieux. On peut pas en rire. Pas en tant que tel. Que ce soit vrai ou faux, c'est pas jouasse. Soit on se moque, soit on compatis (soit on s'en branle), car c'est volontairement sérieux au moins dans la forme et dans la présentation. C'est pas supposé provoquer de réponses non plus, plus des réactions, et ce que je disais c'est que ça ne me fais plus réagir.
"ma tronche est une arme de persuasion massive, du coup je brique ces putain de chiottes maculées de merde, je me rabaisse à l'état de matière fécale. Alors pendant une heure, je ne suis plus que le jouet malléable de ceux que j'ai entubé, leur victime, un pantin désarticulé.. une saloperie de sous-merde."
Réaction personnelle : Okay ! Et sinon, ça va ?!
Ouai, c'est un cruel manque de tact. Ouai.
Tiens, je viens de me rendre compte qu'il n'y avait rien de réél qui m'intéressait, en fait... Les seules choses dont j'aime parler à présent sont uniquement culturelle ou imaginaire.
D'ailleurs, ce commentaire devient parfaitement inintéressant, déjà à écrire, et probablement plus encore à lire. J'vais même pas le relire, je sais même pas si j'ai passé le moindre message... J'ai surtout l'impression d'avoir parlé de moi, j'aime pas ça. Gargl.
Je m'en va rêver éveillé couché dans l'obscurité mon projet de BD prochain, à base de zombis et de sang et de merde conformiste dans le genre, bonsouaaar.
Joli texte, très prenant.
Mes retours sur ce blog me font toujours un petit effet, c'est bizarre. Tant mieux.
Puis bon, terminer les dernières lignes de ce billet et tomber sur du Gold Panda, ça me suffit pour cliquer sur le cadavre exquis.
P.S : Ton "je m'en tamponne le coquillard avec un pénis de castor ambidextre d'tes conneries de pseudo-analyse critique à la noix de coco" dans un commentaire précédent est sublime.
Dans la réponse, sur mon site, j'ai un peu oublié mais.
J'ai été et suis encore vraiment extrêmement (il faut que j'arrête là) touché par ton commentaire.
Je veux dire qu'il m'a fait tourner la tête, même si je doute d'avoir les qualités que tu veux bien me donner.
Enregistrer un commentaire