mercredi 7 juillet 2010

Pogo.





Quand j'étais gamine, je passais le plus clair de mon temps à essayer de cacher des objets de valeur afin d'énerver mes géniteurs. Cela me donnait presque l'impression d'être Dieu et de diriger le monde. Des fois je pouvais même rester pendant une éternité à les voir se bouffer l'nez comme des fous, mais je ne réagissais jamais car le spectacle de deux adultes s'enculant pour des conneries me réjouissait : J'avais devant moi la preuve incontestable que le mariage était une institution foireuse, ou l'occasion pour deux êtres humains de s'entre-déchirer sans aucune contrainte, d'aucune nature. C'est comme ça que dès l'âge de 7 ans, je savais déjà ce que je ne voulais pas devenir.
Puis plusieurs années se sont écoulées sans beaucoup d'histoires venant de ma part. Faisant toujours ce que j'étais censée faire sans jamais répliquer, mon entourage devait penser que j'étais une sorte d'exemplaire d'obéissance; l'archétype parfait de l'adolescente pucelle et facile de caractère. En réalité, j'étais une salope en devenir et je passais tout mon temps à regarder par la fenêtre en espérant réussir un jour à passer de l'autre côté. Et puis un jour j'ai arrêté. J'ai arrêté d'espérer et je me suis barrée. Ouais, j'ai fugué. J'avais 15 ans et j'avais décidé que j'allais prendre le chemin du Nord, seule et convaincue de l'idée peu nette qu'il y avait peut-être des gens là-bas qui attendaient que je me bouge le cul et que je me fie à tout cela en pleine jeunesse; parce qu'il n'y a absolument rien en ce monde que la jeunesse. J'avais 15 ans et je roulais vers Tanger, me moquant éperdument des ennuis que j'allais avoir, des gens qui allaient peut-être me faire chier et des autres, ceux que j'allais abandonner dans ce trou comme ils m'avaient abandonné à l'âge de 7 ans. J'avais 15 ans et je voulais vivre, vivre la vie merveilleuse qui était en moi, et rechercher inlassablement de nouvelles sensations.
J'ai passé 15 jours dans un quartier où s'entassait des prostituées, des dealeurs, des macs et des azimutés. J'ai connu plus de marginaux en deux semaines qu'en quinze ans d'existence et c'est dans la rue que l'on m'a tendu ma "perle rare", dans la rue que j'ai appris que l'on était tous dans la même merde pestilentielle et pourrissante, dans la rue que j'avais envie d'être; avec toutes ces personnes qui se démerdaient, soit pour réussir à survivre dans leur propre pays, soit pour réussir à se barrer en Espagne.
Deux semaines après, j'étais revenue mais je n'étais plus la même, forcément. Un truc en moi s'était déclenché, on m'avait appris une chose que je n'allais plus oublier, on me l'avait donné et ça n'allait plus me quitter.
Aujourd'hui j'ai 17 ans et je pense à Paris, à ce que cette ville pourrait m'apporter, et je me dis qu'en fait elle pourrait me sauver la vie et m'arracher à toute cette merde qui me nourrit et, en même temps, me détruit depuis des années. Parfois je m'imagine en train de déambuler dans les rues de Paris, entourée de gens classes et occupés, de beaux bruns et de belles blondes et je me dis que j'ai trois ans, trois putain d'années et pas une de plus, pour régler mes comptes avec eux et foutre le camp.
Tout ça parce que l'un de vous m'a demandé qui étais-je et que j'ai trouvé cela courageux, limite insolent. Et en réalité, j'ignore ce que je suis aujourd'hui, tout ce que je sais c'est ce que je veux être demain : quelqu'un de libre.

1 commentaire:

Tignasse a dit…

j'ai deux amours, le KFC & aubervilliers.
merci la foetale.