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Il terminait sa toilette. Il s'était enveloppé d'une ample serviette qui trainait sur le carrelage et dont seuls son torse et ses jambes dépassaient. Il alluma la lampe du miroir, se donna un coup de peigne puis éteignit la lampe. Ses omoplates et son avant-bras tatoué avaient provoqué en moi une excitation sans borne. Je pouvais me jeter sur lui d'une minute à l'autre et lui dire que la courbe de ses omoplates faisait le tour de mon cœur. Lui demander ce qu'il venait foutre au Maroc et pourquoi il m'avait abordé ce soir-là, avec cette prétention et cette assurance déconcertantes.
Je pouvais même commencer à chialer, pour l'attendrir, lui dire que je n'ai nulle part où aller, que je ne connais personne dans cette ville et que je n'ai pas un sou pour voir Sepultura. Je pouvais mentir ou dire la vérité, de toute façons il n'aurait jamais rien su, il n'aurait jamais su qu'il y a deux heures je posais mes bagages dans un hôtel 4 étoiles, que je connaissais la moitié des gens de cette ville et que j'avais le ticket du concert dans la poche.
Son appartement était un vrai capharnaüm et, si je n'avais été prévenu, je me serais cru transporté dans une partouze de livres, de CDs et d'objets insignifiants. J'étais allongée sur son lit, vêtue d'un short et d'un tee-shirt à l'effigie de Max Cavalera, taille 12 ans et qui n'allait pas tarder à calancher. Pendant que j'étais en train de m'extasier devant sa merveilleuse collection de vinyles, il sortit de la salle de bain, se dirigea vers la cuisine et revint avec deux pack de bières. Il voulait me saouler.
Il s'assit en face de moi et essaya d'engager la conversation mais j'étais beaucoup trop occupée à admirer l'empilement presque artistique de ses nombreux CDs. Alors d'un mouvement brusque, il posa sa canette de bière sur le sol, se leva et alla fouiner dans les dizaines de vinyles qui étaient dispersés sur la moquette. "S'il croit qu'il va m'amadouer, s'il s'imagine m'avoir avec un tourne-disque et un microsillon 33 tours à la con..."
The Queen Is Dead. Un mois après, je me demande encore comment il a pu choisir ce disque en particulier, comment il a pu deviner que c'était mon album préféré. Le hasard? Il n'y a jamais de hasard.
Je regardai sa montre, il était minuit pile; mon moment préféré de la soirée, le moment où j'entre dans une espèce d'apathie et où tout le monde s'en branle parce que tout le monde va se coucher. J'avais tellement bu que j'étais maintenant capable de danser devant un type qui éveillait mon intérêt mais dont je ne savais rien et qui était peut-être un malade mental ou un tueur en série satyriasique.
Je ne savais pas ce qui me prenait, je ne savais pas pourquoi j'étais incapable de résister à l'alcool... je ne savais pas pourquoi je ne réussissais pas à fuir. Tout ce que je savais c'est qu'il avait réussi à me posséder et que pour ça, il devait être poursuivit pour abus de crédulité. J'avais envie de lui dire que j'étais probablement capable de tout pour les types manipulateurs, avec un tatouage bizarre sur l'avant-bras et un cul aussi parfait.
Le lendemain, au milieu d'un fouillis de tee-shirts, de sous-vêtements et d'un tas de disques et de vinyles, deux jeunes corps nus et froids étaient étendus sur un lit, agonisants, pendant que le Moz continuait de gueuler. Ils mouraient très vite.
Le lendemain, il fallait recommencer à suivre les mêmes règles : se lever en premier, prendre une photo pour la route et se barrer discretos tout en tâchant d'laisser un mot, une excuse valable. L'amour peut avoir un sens; le sexe est forcément le sens.
A la sortie de son appart, je me bouchai les oreilles et pour la première fois de ma vie je l'avais dans le cul : j'avais signé pour l'enterrement de mon cœur.
Je n'avançais plus, je n'innovais plus et cela faisait plus de 3 semaines que je n'avais plus effleuré du bout des doigts un corps nu et inconnu.
J'étais foutue.

8 commentaires:
Jeffrey Dahmer, qui est un tueur en série (tristement) célèbre, faisait boire de l'alcool à ses victimes jusqu'à ce qu'elles soient complètement saoules, puis les étranglait ou essayait d'arracher leurs cœurs ou encore de percer un trou dans leurs crânes, avant de bouffer leurs parties génitales ou de faire l'amour avec leurs cadavres, etc ... fin', tu vois. enfin, voilà, tout ça pour te dire que je ne te connais pas et que le texte est beau mais que tu devrais quand même faire attention.
Putain, t'es douée.
J'ai énorme exam, et c'est le bac :)
il n'y a surement rien de plus excitant au monde que de faire l'amour avec un parfait inconnu?
Non. Si ça ne m'intéresse pas, moi, alors ça n'a aucun intérêt. Ça n'a jamais été génial et ne le sera peut-être jamais, mais dans l'état où les choses allaient, le "peut-être" était un euphémisme.
Et "la courbe de ses omoplates fait le tour de mon cœur", je trouve ça génial. Ah, Eluard.
"Vous avez reçu un courrier électronique de la part de Foetus."
ça, c'est poétique.
Mais qui es-tu? et d'où viens-tu?
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